8 mai 2015

Playlist de midi à minuit : Entracte Twist


Tous les mois, Après-Midi Magazine fait appel à un professionnel pour vous concocter une playlist thématique et commentée, à écouter de midi à minuit. En mai, on accepte de se faire décoiffer par Entracte Twist.

Entracte Twist, c’est Max (chant, guitare), Étienne (basse), Sam (batterie), Stan (guitare) et Ilhan (clavier, machine). C’est surtout, selon Gonzaï, "le futur du rock 'n' roll ". Un rock 'n' roll de périphérique et de barre d’immeuble, précise la présentation officielle. 

Malgré leur sacerdoce, les cinq garçons ont trouvé le temps de nous préparer une playlist collaborative, deux morceaux chacun et des mots bien choisis. Résultat : ça aurait pu commencer comme un régime sans gluten, mais non. Ça invite plutôt à chausser les patins à roulettes, les gants en cuir, la moustache, ça fait un détour par le reggae, puis ça finit par arracher la perruque d’un coup sec (d’après nos recherches, l’une des expressions favorites du groupe). Et tout ça se trouve juste en-dessous.


MAX


1. Belle and Sebastian, Lazy Line Painter Jane (1997) 
« Avant, on se moquait beaucoup de Belle and Sebastian : "indés", trentenaires, mielleux, bons pour plier son fixie dans un dîner sans gluten puis un jour, en buvant du rhum, on tombe sur ce morceau et on va au coin en apprenant qu'il vaut mieux éviter de trop l'ouvrir sans connaître. » 

2. Les Calamités, Toutes les nuits (1984)  
« Les Dogs riot girls de Dijon, on a beaucoup écouté ça ; mélodies géniales, fausse naïveté, perfection pop. Ça donne envie de faire du patin à roulettes en mâchant du bubble gum et de sortir avec des filles qui s'appellent Christelle. » 

ILHAN


3. The Music Machine, Dark White (1969)  
« Dark White : une des meilleures chansons que j'aie jamais écoutées. Un des meilleurs groupes de garage indubitablement. Le garage solaire et psychédélique était partout, et puis le gant en cuir de Music Machine te dit : "Bye bye les fleurs et les couleurs". Du noir, du blanc et de la classe comme Batman seul peut en avoir. » 

4. New York Dolls, Frankenstein (1973)  
« Pour les New York Dolls, la chanson Frankenstein me paraît évidente. Dernière chanson de l'album, elle dit à tous ceux qui pensent jouer du punk : l'énergie c'est ça, les tripes c'est ça, le cri c'est ça. C'est une chanson qui contient plus de hargne qu'un double album. » 

SAM 


5.  JD McPherson, Head Over Heels (2015) 
« Tiens, en voilà un dont tout le monde se fout. Pas assez électronique, pas hip pour un rond, et qui paraît sur un label difficilement praticable en France : Rounder. Dommage, parce que non seulement le gonze est loin d'être manchot, mais en plus il signe ici un véritable tube, une déclaration de guerre au marasme ambiant. Et puis cette voix... Depuis James Hunter, on n’avait pas entendu un organe aussi proche de celui de Sam Cooke, à l'opposé des casseroles et autres voix sportives qu'on nous sert habituellement. Let The Good Times Roll, le titre, est parfait. Parfait en soirée, parfait chez soi. Il faut faire l'expérience en balançant le truc au beau milieu d'une fête et observer : toutes les filles massacrent le plancher pendant que les mecs se bourrent la caisse en maugréant. Un classique ! C'est à ça qu'on les reconnaît. »

6. Forever Pavot, Electric Mami (2014) 
« Lui au moins ne donne pas l’impression de faire carrière, conservant cependant l’art si subtil et ô combien français de réaliser un disque. On parle bien de réalisation, de production. Un disque, c’est de l’intime, c’est du cinéma : on coupe, étire, shunte, structure, colorise ; le tout à mille lieues des représentations théâtrales nommées concerts par commodité. Chez Forever Pavot, pas de tape-à-l’œil, aucun racolage ; on hésite même à l’acheter à cause de la pochette super moche. Émile s’en fout, fait ce qu’il veut avec ses cheveux, arbore une moustache impossible et, oublieux des règles de bienséance qui prévalent dans ce panier de crabes qu’est le milieu musical, sort ici un disque Grand Siècle appelant Curt Boettcher, Gary Usher, Bertrand Burgalat, François de Roubaix et Jean-Claude Vannier à le rejoindre dans la famille très serrée de ces singuliers qui combattent en style. Orgues Vox et Farfisa contre mellotron discret et clavecin élisabéthain, tout Rhapsode – l’album – est une rêverie lysergique. Comme l’a écrit Xavier de Maistre : « On peut élever la bête humaine à toucher du clavecin ». Tout à fait. » 

ÉTIENNE 


7. Camera, Ausland (2012)  
« Un des groupes qui m'ont foutu une énorme torgnole cette année, un groupe de krautrock berlinois version 2014 qui décoiffe. Tout ce que j'aime est dedans : un rythme dingue, une mélodie qui reste dans la tête et une montée qui arrache la perruque plus fort que les acides que prenait Einstürzende Neubauten sur l'autoroute un dimanche aprèm. » 

8. The Stranglers, Curfew (1978) 
« Pourquoi ? Pour le refrain qui surgit au milieu d'un chaos sonique incroyable et parce que j'aimerais jouer un jour comme Jean-Jacques Burnel. »  

STAN 


9. The Upsetters, Black IPA (1973)  
« Le reggae, c'est ma seconde grande passion après le travail. C'est grâce à lui que je suis obsédé par la musique. Le premier de tous les pirates jamaïcains que j'ai écoutés était Bob Marley, sous toutes ses formes. Avec le temps, je me suis retrouvé en face de morceaux de reggae extrêmement puissants, violents dans le texte et dans le rythme. Celui-ci est un hallucinant instrumental des Upsetters, le groupe de Lee Scratch Perry, sorte de Joe Meek jamaïcain. Dans son studio, le Black Ark, cet homme a rendu le reggae expérimental et futuriste. Il y a mis le feu en 1979. Rebel music. » 

10. Dogs, I'm Just Losing That Girl (1983) 
« Ce groupe, les Dogs, est un de mes préférés, et est accessoirement le plus classe du voisinage et du pays. Leur ville d'origine, pour la plupart, est Rouen. Ils ont sorti l'album Legendary Lovers, génial du début à la fin, en 1983. Aux côtés de Dominique, Mimi et Hugues, il y a Antoine aka Tony Truant "avec un T !", un de mes guitaristes favoris. Donne-moi ton pouvoir, Tony ! Le morceau est très court et il pique. Tout est concentré dans ce qu'on appelle avec Max "une tête d'épingle". »

Entracte Twist 


Entracte Twist © François Grivelet.

Depuis un an et demi, Max, Étienne, Sam, Stan et Ilhan officient sous le nom d’Entracte Twist et écument les salles de Paris et sa périphérie telles que L’International, le Pop In, le Chinois, l’Espace B... Comme modèles, ils revendiquent le Velvet Underground (de White Light/White Heat), Marie et les Garçons, Suicide ou The Feelies.  

En octobre dernier, ils publient un premier EP de quatre morceaux sur Bandcamp. Scandés, martelés, les titres évoquent tour à tour une star du porno version girl next door (Christine Young), une munition pas vraiment spéciale d’après Wikipédia (38 Special), l’architecture et/ou la philosophie (Superstructure) voire la cinétique (Vitesse constante). 



À l’intérieur, les mots s’entrechoquent aussi bruyamment que les guitares dans des phrases lacérées au cutter sur fond de science-fiction. Chez Entracte Twist, les couleurs sont synthétiques, les dessous magnétiques, on croise des filles de rien et des particules de matière noire. "Bye bye les fleurs", on vous avait dit. 

Plus sur Entracte Twist ? Leur Bandcamp, leur SoundCloud, leur page Facebook et leur chaîne YouTube

Samedi 6 juin, 21h : Dirty 'n' Indie avec Fumer Tue + Entracte Twist + Casio Judiciaire @ Le Buzz – Jaam Sono  
106, boulevard de Belleville – Paris 20e 

Septembre 2015 : sortie d’un 45 tours chez Croque Macadam

Image à la une : Entracte Twist © François Grivelet. 

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