13 févr. 2015

Visite : sur le fil de Fashion Mix au musée de l’histoire de l’immigration


Paris, capitale de la mode, c’est Chanel, Saint Laurent, une étiquette made in France ou les conseils avisés d’une muse à particule… O.K. mais c’est aussi Schiaparelli, Balenciaga, Alaïa et bien d’autres créateurs étrangers. Jusqu’au 31 mai prochain, le musée de l’histoire de l’immigration se charge de mettre à jour notre définition de la mode française en exposant ses talents venus d’ailleurs.

Ces dernières années, vous ne vous étiez pas trop intéressés au cas du musée de l’histoire de l’immigration ? Ne rougissez pas, depuis son ouverture en 2007, l’établissement a été trop malmené pour véritablement tenir le haut du pavé. Désaccords politiques, démissions, manifestations, polémiques : il a dû attendre le 15 décembre dernier pour se voir officiellement inaugurer par François Hollande. Une semaine avant, il avait commencé à attirer les foules avec un vernissage teinté de glamour, celui de l’expo Fashion Mix, réalisée en collaboration avec le Palais Galliera.  

Schiaparelli, Balenciaga, Kenzo, Alaïa, Issey Miyake… Avec des noms pareils à son générique, Fashion Mix pourrait être facilement soupçonnée de parer de soieries une frise en réalité plus rugueuse. Une accusation qui, selon Luc Gruson, directeur de l’établissement, ne peut tenir longtemps. Premièrement parce que derrière les brillantes destinées, se révèlent parfois des causes politiques (Cristóbal Balenciaga et Paco Rabanne sont par exemple devenus parisiens pour échapper à la guerre civile espagnole). Ensuite parce qu’aux côtés des grands noms, s’exposent de nombreux artisans (les brodeuses russes, les mailleuses et chausseurs arméniens).

Worth & Bobergh, vers 1869, Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris, don de Mme Trozy © Eric Emo / Galliera / Roger-Viollet. / Mariano Fortuny, Tea-gown, vers 1912, Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris, don de la Société de l’Histoire du Costume © R. Briant et L. Degrâces / Galliera / Roger-Viollet.
Le long d’un gigantesque podium sur lequel se croisent pas moins de 120 modèles soutenus par 150 documents d’archives (des cartes de réfugié, des titres d’identité, des coupures de presse), nombreux sont les fils qui unissent histoire de la mode et histoire tout court, du milieu du XIXe à aujourd’hui. Et oui, on commence avec l’Anglais qui inventa la haute couture, l’excentrique Charles Frederick Worth installé à Paris en 1858, pour arriver jusqu’à l’effervescence cosmopolite des Paris Fashion Weeks actuelles – l’occasion d’approcher des créations de Gareth Pugh ou Iris van Herpen. Entre les deux, on fait une pause au tournant des années 1960. 

Avant, on n’hésite pas à mêler chronologie et rapprochements thématiques. Ainsi, les délicats plissés de Mariano Fortuny, Espagnol établi à Venise qui avait fait breveter ses inventions à Paris entre 1901 et 1934, trouvent un écho dans les fameux Pleats Please signés Miyake. Les silhouettes commedia dell’arte de la Turinoise Popy Moreni répondent aux créations surréalistes de l’incontournable Elsa Schiaparelli, naturalisée française en 1931. Et le maître Balenciaga tutoie ses compatriotes Castillo, Rabanne ou Sybilla.

Elsa Schiaparelli, chapeau-chaussure, hiver 1937-1938, Collection Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris © Eric Emo / Galliera / Roger-Viollet.
Après, décennies et écoles se déroulent sans carambolage. On se remémore avec étonnement les réactions violentes qu’avaient suscitées les premières collections des Japonais Issey Miyake, Rei Kawakubo et Yohji Yamamoto, aujourd’hui unanimement célébrés. On se laisse conter l’histoire des Six d’Anvers et de leur succès français dès les années 1990. On s’arrête évidemment sur le cas Margiela et son choix de s’implanter, à partir de 1989, en dehors des sentiers balisés de la mode (boulevard Saint-Denis, faubourg Poissonnière et rue Saint-Maur). 

À la fin – une fin ponctuée de silhouettes signées Azzedine Alaïa ou Marc Jacobs pour Vuitton –, on se dit qu’entre les plumes et les plissés, Fashion Mix raconte bel et bien une histoire de l’immigration qui véhicule un message positif : sans l’apport fondamental de tous ces talents étrangers, Paris ne serait certainement pas la capitale internationale de la mode qu’elle est encore aujourd’hui. Surtout, on gage que l’événement saura drainer un public renouvelé vers le Palais de la Porte Dorée. Une belle expo doublée d’une bonne nouvelle.

Issey Miyake, robe longue, printemps-été 1994 © Roger-Viollet. / Combinaison réalisée à partir des tenues du créateur enflammées par l’artiste Cai Guo Qiang le 5 octobre 1998, dans le cadre de la performance « Dragon Explosion » à la Fondation Cartier, Paris © Spassky Fischer.


Image à la une : Cristóbal Balenciaga, ensemble robe et cape, haute couture printemps-été 1962. / Elsa Schiaparelli, manteau du soir ayant appartenu à Elsa Schiaparelli, haute couture automne-hiver 1949. / Martin Margiela, ensemble body troué et jupe rideau, automne-hiver 1990. Collection Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris © Spassky Fischer.

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