3 janv. 2015

Playlist de midi à minuit : vague scandinave


Tous les mois, Après-Midi fait appel à un professionnel pour vous concocter une playlist thématique et commentée, à écouter de midi à minuit. En janvier, on se prend le vent du nord de plein fouet, histoire de se dégriser après les excès de fin d’année. Aux manettes : Baptiste, Docteur ès musiques scandinaves.

Il écrit des articles pour Napster et Le Nœud Pap’, il met la main à la pâte côté concerts ou festivals, et surtout, après avoir officié à l’Institut suédois à Paris, il s’est envolé pour l’Institut français à Oslo. Vous suivez ? Baptiste Pépin, ami fidèle de la rédaction, a eu l’occasion d’écouter pas mal d’artistes danois/suédois/norvégiens au cours de l’année qui vient de s’écouler. Entre un bloc de foie gras et un sachet de cotillons, il a gentiment accepté de nous mitonner une playlist 100 % scandinave pour attaquer 2015.


1. Vilde Tuv, Mine Armer (Norvège, 2013) 

« Vilde Tuv, c'est mon gros coup de cœur de l’année passée, bien que je n'aie aucune idée de la façon dont j'ai pu atterrir sur ses morceaux. Il n'y a qu'à voir ses visuels pour comprendre que ce n'est pas forcément ça qui donne envie de l'écouter, peu de chances qu’elle gagne un Oscar du meilleur court métrage lors de la prochaine cérémonie. Et pourtant, même si je ne comprends rien à ce qu'elle raconte, elle joue de la guitare et de la basse comme personne avec un vrai sens de la mélodie, certes assez minimaliste, mais qui ne donne qu'une envie : en savoir plus sur elle et l'écouter encore et encore. Malheureusement, pour l'instant, aucune trace d'un quelconque concert à venir, pas même en Norvège, d'où elle vient. N'en reste pas moins qu'elle semble assez barrée… » 

2. Anna of the North, Oslo (Norvège, 2014)

« Elle aussi vient de Norvège, et se trouve dans la plus pure idée que l'on se fait de la Scandipop. Même si ce terme ne veut rien dire pour moi tant la vitalité de la musique en Scandinavie passe de la pop au hip-hop, à l'électro voire la techno... Mais il existe une vraie émulation et cette nana fait clairement partie de la vague. Pour l'avoir interviewée avec Le Nœud Pap', elle n'a pas peur de dire qu'elle ne sait pas vraiment ce qu'elle fout là, qu'elle n'y connaît pas grand-chose, et finalement, c'est ce qui me plaît. On sent une réelle fraîcheur, il n'y a pas un morceau qui ressemble à l'autre. J'ai choisi Oslo parce que je vis là-bas maintenant et que j'aime bien le côté new wave qui s'en dégage, mais j'aurais très bien pu foutre Ilyaf, cette reprise toute mignonne toute pop du tube de Donna Lewis ou l’excellent Undervann, bien plus sombre et minimaliste. Mais ce sera peut-être également sa limite ; alors qu’aujourd’hui, on aime bien ranger les groupes dans des cases, on ne sait pas où la classer. En tout cas, il me semble qu'elle prépare un premier album pour l'année prochaine. »

3. Gidge, Norrland (Suède, 2014)

« Autumn Bells, le premier album de Gidge, est probablement l'un des meilleurs que j'ai écoutés en 2014. Je suis un peu étonné que l'on n'en ait pas entendu plus parler en France, pourtant amatrice de cette électro raffinée à la manière d'un Caribou. Ce duo suédois a construit un LP d'une grande profondeur, j'ai l'impression d'écouter une musique en 3D et surtout de voyager dans la nature foisonnante de Suède, émerveillé par chaque photo prise au passage. Qui a dit que l'électro ne pouvait être mélodique et de qualité, qu’elle était toujours froide et sans émotion ? »

4. Kwamie Liv, Comin Thru (Danemark, 2014) 

« La première fois que tu entends cette Danoise aux origines multiples (pas pour rien que Gilles Peterson ne tarit pas d'éloges sur elle), tu comprends tout de suite qu'elle ne va pas se cantonner à la scène de Copenhague. Les influences sont évidentes (et un peu faciles) mais on reconnaît immédiatement la pop downtempo à la M.I.A. ou Santigold, quelque chose de coloré, qui fout la pêche, avec cette voix sensuelle que tu ne peux que remarquer. Puis elle fait vraiment partie de la vague qui vient d'exploser cette année aux côtés de Banks ou FKA twigs. Attention à l'effet de mode néanmoins. »

5. Sea Change, Let's Dance (Norvège, 2014) 

« Quand on écoute Sea Change, on écoute un peu de toute la scène scandinave : un peu de Lykke Li, un peu de Fever Ray, un peu de Röyksopp ou un peu de Frida Hyvönen. Mais tout ça sous le spectre d'une dream pop légère, brumeuse et douce, réelle invitation à la songerie. En même temps, quand on choisit un nom de scène qui fait référence à un album de Beck... »

6. Lucid Dream, Hitting Heads (Suède, 2014) 

« Alors, je ne connais rien d'eux, c'est une pote qui a joué avec eux à Stockholm qui m'a envoyé le lien de cette vidéo. Et en fait, je ne veux rien savoir, je veux seulement suivre la nana du clip et me laisser emporter par la musique. Probablement parce que ça me rappelle un peu Lost in Translation et The Jesus and Mary Chain. Et c'est suffisant. »

7. WoodzSTHLM & Kid Thomas, Our City (Suède, 2014) 

« Pas forcément ce que j'écoute tous les jours, mais malgré tout, WoodzSTHLM semble un petit producteur surdoué et surtout, il montre que les barrières ont réellement tendance à s'abaisser, s'affranchissant des codes propres à chaque genre musical. Entre électro, hip-hop et R&B, c'est l'exemple parfait de cette scène scandinave bien élargie et sans frontières. »

8. Nicole Sabouné, Win This Life (Suède, 2013) 

« Elle n'a pas forcément apporté quelque chose de nouveau à la musique (en même temps qui peut se targuer de ça aujourd'hui ?) et j'ai quelques doutes quant à sa réelle percée et longévité, mais elle a clairement apporté un vrai vent de fraîcheur. Il suffit de la voir se lâcher sur scène, bien accompagnée par d'excellents musiciens, pour apprécier ce qu'elle fait, ce qu'elle arrive à créer malgré tout. Elle ne semble pas sur les planches pour jouer, elle est là pour s'amuser et nous entraîner avec elle, sans se prendre la tête. »

9. Systraskap, My Voice is my Weapon (Suède, 2014) 

« Faire de l'électro quand on vient d'Umeå, c'est un peu comme vouloir un grand Bordeaux quand on va au MacDo. Quand on sait que heavy metal et autres musiques de vikings occupent 90 % de la scène de la capitale européenne de la Culture 2014, on ne peut qu'apprécier la persévérance de Systraskap. Mais le réduire à son esprit de petit village gaulois serait dommage tant ce duo féminin maîtrise son électro et se cache derrière ces petits bruits numériques pour défendre des sujets qui lui tiennent à cœur, de l'écologie au racisme en passant par le féminisme. Ah oui, le nom de leur premier single ? Let's Start A Revolution… »

10. Skator, Iväg (Suède, 2013) 

« Skator, c'est un petit peu comme Vilde Tuv. Je ne comprends rien à ce qu'elle chante, et pourtant, sa guitare et sa voix suffisent à me faire voyager dans les paysages des hautes latitudes suédoises (oui, car elle parle beaucoup de nature apparemment). Le concert que l'on avait organisé à l'Institut suédois pour Les Femmes s'en mêlent reste un excellent souvenir tant Lina avait réussi à captiver un public qui n'avait jamais entendu parler d'elle une semaine auparavant. Puis d'un point de vue plus personnel, j'avais apprécié la simplicité et l'intelligence de cette nana. »

11. Midaircondo, Higher (Suède, 2014) 

« Je profite de ce nouveau titre un peu plus pop pour parler de ce duo de musique contemporaine, qui se doit d'être vu sur scène, où les deux nanas mélangent instruments et branchements électroniques venus d'une autre planète à une précision visuelle assez bluffante. Ça fait un petit moment que ce projet existe mais il mérite clairement une autre exposition. »

12. Molly Nilsson, Hotel Home (Suède, 2011) 

« Là encore, rien de bien nouveau avec Molly Nilsson, mais je ne vois pas comment faire une playlist scandinave sans la placer quelque part. Et en même temps, je ne sais même pas si elle est vraiment scandinave, si elle est même de notre planète tant elle est hors du temps, hors de tout. Il suffit de la rencontrer pour ne plus savoir si l'on a affaire à un être humain bien vivant ou à un fantôme traînant toutes les peines du monde à travers un espace qui ne la concerne pas. Mais un fantôme malgré tout captivant et bien présent. Comme Lykke Li, mais dans un tout autre genre, elle est inévitable. »

Molly Nilsson © DR, Skator © Johan Döden Dahlroth, WoodzSTHLM © DR, Midaircondo, Nicole Sabouné © DR, Systraskap © Maria Edlund.



Baptiste Pépin 


L’intérêt de Baptiste pour la Scandinavie s’est probablement éveillé au cours de ses études effectuées aux quatre coins de l’Europe. Sa passion pour la musique remonterait quant à elle, selon nos sources, beaucoup plus loin. 

Depuis quelques années, le garçon traque les sorties musicales pour le blog de Napster et collabore à la revue culturelle Le Nœud Pap’ en tant que chef de projets événementiels et chroniqueur. Parmi ses faits d’armes : avoir travaillé pendant deux ans à l’Institut suédois où il a contribué à la réussite de projets tels que la saison 66° Nord. En septembre dernier, il a rejoint l’Institut français de Norvège comme chargé de mission culturelle. Il a récemment reçu à Oslo Christine and The Queens.  

Image à la une : Kwamie Liv © Baby Duka, Gidge © Johanna Wallin, Sea Change, Vilde Tuv, Anna of the North, Lucid Dream © DR. 

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