18 déc. 2014

Visite : les méandres d’Inside au Palais de Tokyo


Hasard de notre agenda, on a visité Inside juste après Sade au musée d’Orsay. Si vous souhaitez reproduire cet enchaînement, sachez qu’une exploration prolongée des replis de l’âme humaine peut se révéler éprouvante. Illustration avec la trentaine d’artistes réunis au Palais de Tokyo jusqu’au 11 janvier prochain.

Peur et quiétude, attraction et répulsion se succèdent au fil des couloirs qu’il faut longer, des escaliers qu’il faut descendre et des œuvres qu’il faut traverser. Invoquant l’homme des cavernes, la mélancolie romantique, l’inconscient freudien et le rêve surréaliste en préambule, Inside aspire dans un voyage à l’intérieur de soi. Le Palais de Tokyo métamorphosé et les œuvres présentées commencent par enserrer, la psyché des artistes peut alors se dévoiler jusqu’à nous renvoyer notre propre intériorité. 

Quête initiatique oblige, entrer dans la danse Inside suppose de franchir quelques limites. Dès le hall d’entrée, si on a le courage de faire la queue (et si on fait confiance à une structure en Scotch), on se faufile dans l’installation suspendue du collectif Numen / For Use. On s’enfonce ensuite dans une épineuse forêt de carton (Eva Jospin) et on dépasse un cortège vidéo de mineurs au chant guerrier et plaintif (Mikhail Karikis et Uriel Orlow) pour hésiter devant l’œuvre perturbante de Marcius Galan et son « Do not cross ». 

Vue de l’exposition Inside, Palais de Tokyo, Mikhail Karikis et Uriel Orlow, Sounds from Beneath, 2010-2011, photo © André Morin.



Une fois dans l’autre monde, tout devient possible. Comme de se retrouver en amont des battements de paupières du jeune japonais Ataru Sato, là où se forment ses images mentales quotidiennes, juste avant qu’elles n’échouent sur le papier sous forme de dessins foisonnants. Comme de découvrir la biographie peinte de l’artiste français Dran le long du grand escalier qui relie les deux niveaux de l’expo et qui mène aux entrailles du bâtiment. Ou encore d’atterrir dans une pièce à la blancheur immaculée dans laquelle flottent des sculptures réalisées à partir de dessins issus de tests psychologiques (Christophe Berdaguer et Marie Péjus). 

Vue de l’exposition Inside, Palais de Tokyo, Christophe Berdaguer et Marie Péjus (détail), 2014 © ADAGP Paris 2014, photo © André Morin.


Maladie, violence, mort : aucune de nos peurs ni de nos pulsions les plus sombres ne manque à l’appel. Placardées, modelées ou projetées elles se font de plus en plus proches et menaçantes avec Christian Boltanski, Nathalie Djurberg et Hans Berg, Reynold Reynolds et Patrick Jolley. Quand soudain, la pièce sonore Get Out of my Mind, Get Out of This Room de Bruce Nauman met fin au parcours cathartique et à son torrent d’images violentes.  

C’est rasséréné qu’on pénètre dans La Salle des instructions de Jean-Michel Alberola et qu’on redécouvre ses traits extérieurs dans un miroir bienvenu. Avant de toucher le moi du doigt, le parcours aura été progressif mais chaotique. Avant de pouvoir palper nos limites, il nous aura fallu alterner entre microscopique et monumental (Marc Couturier puis Dove Allouche, Yuri Ancarani puis Peter Buggenhout ou Mike Nelson), regarder l’intérieur depuis l’intérieur et, surtout, multiplier les points de vue comme Jesper Just dans sa superbe installation vidéo This Nameless Spectacle

Vue de l’exposition Inside, Palais de Tokyo, Jean-Michel Alberola, La Sortie est à l'intérieur, photo © André Morin.


Inside, jusqu’au 11 janvier 2015. Palais de Tokyo, Paris.

Image à la une : vue de l’exposition Inside, Palais de Tokyo, Numen / For Use, Tape Paris, 2014, photo © André Morin.

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