12 oct. 2014

Visite : Swedish Fashion Week à domicile


On vous dit « shopping à Stockholm », vous répondez « Cheap Monday, Acne, Filippa K » ? C’est une facette décontractée et urbaine de la mode suédoise qui sait également – quand ça lui chante – se faire minimale, architecturale et même théâtrale. Si, si. Un détour par l’Institut suédois et son expo Swedish Fashion Goes Paris devrait achever de vous convaincre.

Il faut s’y faire : Paris n’est plus la capitale de la mode et les poids lourds comme New York, Londres ou Milan doivent désormais compter avec une flopée d’outsiders parmi lesquels Stockholm et ses designers audacieux. Mais ça n’a pas toujours été le cas. Création de marques en série, naissance de magazines, établissement d’une Fashion Week : il faut attendre les années 2000 pour que la mode suédoise se réveille en sursaut. 

À cette époque, dans ses archives, il y a surtout de bons basiques : le jean, le tricot et le féminin-masculin. Certains suivent cette voie royale : Acne, Weekday, Cheap Monday... D’autres préfèrent filer droit en direction de l’artisanat d’avant-garde : Fifth Avenue Shoe Repair, Helena Hörstedt (dont on a déjà parlé ici), Sandra Backlund… C’est surtout l’histoire de ces derniers que l’Institut suédois se propose de raconter à l’aide de pièces textiles, photos, illustrations et ateliers. 

La photo en question 


Ce sont des clichés qui nous accueillent à l’Hôtel de Marle. Des clichés subtils signés Johan Sandberg, un des photographes de mode suédois les plus reconnus, invité par l’Institut à plancher sur « le suédois dans la photographie ».  À sa manière – diffuse, délicate –, l’artiste né à Malmö et basé à Paris explore les codes d’une photo nordique qu’on rêve proche de la nature, qu’on sait engagée et qu’on imagine territoire non déterminé par l’identité sexuelle. 

Vue de l'exposition Swedish Fashion Goes Paris, photo de Johan Sandberg © Après-Midi Magazine.

International dans ses compositions et ses sujets, Sandberg se montre suédois dans son traitement de la lumière, cette lumière défaillante ou omniprésente qui occupe tant les Scandinaves. Chez lui, ombres et niveaux de gris effleurent les contours et enrobent les silhouettes pour redessiner les modèles et souligner les présences individuelles. 

Le vêtement qui explose 


Très vite, les vêtements serpentant à travers l’espace d’expo captent toute notre attention. Les pièces, issues de la rétro événement Swedish Fashion: 2000-2015, saisissent au premier coup d’œil mais attendent un peu pour révéler tous leurs trésors. Il faut les observer d’un côté, de l’autre, parcourir les teintes minérales, les noirs, les rouges. Il faut s’éloigner et s’approcher, encore et encore. 

Vue de l'exposition Swedish Fashion Goes Paris, créations de Bea Szenfeld et Ann-Sofie Back © Après-Midi Magazine.

Quelques designers s’emploient à redimensionner le corps féminin, comme Sandra Backlund et son tricot sculptural. D’autres font preuve d’humour, à l’instar d’Ann-Sofie Back et de sa cape constituée de verres solaires, et tous élèvent l’artisanat au rang d’art. Kilomètres de tulle (Fifth Avenue Shoe Repair), milliers de perles ou de morceaux de cuir (Altewaisaome, Helena Hörstedt), pliages savants (Bea Szenfeld) : les détails s’imposent pour défier les lois de la Fast fashion, des saisons, des tendances. 

Le papier à la mode  


La visite continue avec les productions de quatre illustratrices dans le vent qui nous conduisent jusqu’au premier étage. Au fil des marches de l’escalier d’honneur, le trait aérien de Lovisa Burfitt et le coup de pinceau fluide de Tippan Nordén (fait d’armes : avoir illustré les défilés parisiens en direct des podiums durant les années 1980-1990) répondent aux collages pointus de Cecilia Carlstedt ainsi qu’aux compositions foisonnantes de Liselotte Watkins

© Lovisa Burfitt.

On entre enfin dans la salle d’expo permanente transformée en médiathèque mode. Tandis qu’un grand écran diffuse films expérimentaux, défilés, coulisses et portraits, un ensemble de publications et de revues invitent à prolonger l’expo et à découvrir de jeunes marques comme Patouf. Un saut au Café suédois et la remise à niveau est maintenant terminée. Test : si on vous dit « shopping à Stockholm », vous répondez quoi ? 

Swedish Fashion Goes Paris, jusqu'au 19 octobre 2014. Institut suédois, Paris. 

Image à la une : © Johan Sandberg.

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