13 juil. 2014

Tête-à-tête : Sabrina Benlemqawanssa, créatrice de Hand and Hand « Le mélange, ça fonctionne bien pour les humains, pourquoi pas pour les bijoux ? »


Il se passe des choses intéressantes sur Instagram. C’est là qu’on a rencontré Sabrina Benlemqawanssa, 23 ans, et sa marque de bijoux Hand and Hand. Des pierres fines flottant sur du plastique, des cristaux s’accrochant sur du métal et des noms bien trouvés : on a adhéré dès les premiers formats carrés. Évidemment, on a voulu voir derrière…

Comment t’es-tu lancée dans la création de bijoux ?
J’ai commencé par suivre une formation en direction artistique et communication visuelle durant laquelle j’ai développé un goût pour la photo et les approches conceptuelles. Mais à l’issue de mes études, il me manquait un petit quelque chose, un déclic. Je me suis donc accordé un an pour trouver ce pour quoi j’étais vraiment faite. Ce qui était clair, c’était le besoin de créer, de rencontrer des gens et de voyager. À ce moment-là, j’ai participé à des Craft Night Etsy et j’ai réalisé que j’étais manuelle ! Quelque temps après, je suis tombée sur un article dans Glamour qui présentait des filles qui avaient eu LA bonne idée DIY et qui avaient réussi. Je me suis dit : pourquoi pas moi ? C’est là que l’aventure Hand and Hand a démarré. Le plus drôle dans tout ça, c’est que lorsque j’avais 15 ans, je faisais des croquis de colliers sans trop savoir pourquoi. Maintenant, ça me paraît évident ! 

Qu’est-ce que le fait d’être autodidacte t’apporte ?
Être autodidacte m’incite à toujours découvrir de nouvelles choses, à rester ouverte. Grâce à ça, j’apprends et j’évolue chaque jour. Ça me pousse à me dépasser, à sortir de mon quotidien et de mon confort. 

Bagues Moon Fragments © Hand and Hand.

Où trouves-tu ton inspiration ?
Partout, un rien m’inspire ! Une phrase entendue dans le métro, un motif sur un tissu, un film, une expo, une sortie entre amis… Je suis toujours à l’affût. J’essaie aussi de provoquer l’inspiration dans mes carnets de bord où je collecte toutes sortes de choses. Et si je sèche, je sors prendre l’air, j’achète des magazines et des fleurs. En général, ça marche ! 

Comment s’organise ton travail ? 
Je procède par collection. À chaque saison, je choisi un thème – plus ou moins en fonction des tendances du moment – et j’invente un univers autour de celui-ci. Le fait de travailler à partir d’une ligne directrice me permet de nourrir ma créativité, de me lancer des défis, mais aussi d’imaginer des collections totalement différentes les unes des autres sans perdre de vue le concept de renouveau. J’ai commencé par l’architecture, j’ai poursuivi avec l’eau, et un univers un peu plus vert va s'ensuivre. 

Pourquoi allier des matériaux qui ne sont a priori pas destinés à être associés ? 
Disons que ça a été instinctif – peut-être que c’est mon esprit un peu rebelle qui m’a entraînée dans cette voie ! J’aime sortir des sentiers battus et j’ai toujours été curieuse de voir ce qui se passe quand on mélange des choses qui n’ont pas l’habitude d’être ensemble. Ça fonctionne bien pour les humains, pourquoi pas pour les bijoux ? Lorsqu’on associe des textures différentes, comme les pierres fines et le plastique, le résultat est étonnant et riche. Moi je crois que les contraires s’attirent ! 

Collier The Dark Wave © Hand and Hand.

Et pourquoi utiliser des matériaux de récupération ?
D’abord pour la planète, ensuite pour l’histoire et le challenge. Je crée des bijoux à partir de pièces ou de matériaux désuets auxquels je donne une seconde vie. Je ne produis donc pas quelque chose de neuf mais de nouveau. C’est cette nuance qui fait la différence ! Mes pièces comportent des imperfections qui sont les témoins de leur histoire ; c’est ce que j’appelle le recycle memory. Et puis, c’est aussi un processus qui me pousse à me dépasser puisque je dois toujours réinventer et me réinventer. D’où le slogan « We are reborn everyday ».

C’est important cette dimension narrative ? 
Oui, un bijou a une valeur sentimentale. Généralement, on se rappelle qui nous l’a offert, où on l’a acheté. Malheureusement, avec le développement de la consommation, ce côté affectif se perd de plus en plus. On n’a plus un seul collier auquel on tient, on en a des dizaines et on ne sait même plus d’où ils viennent... Pour moi, chaque bijou a une histoire, des boucles d’oreilles de la grand-mère à la chevalière du père en passant par le collier acheté au Ghana ou la bague rapportée de Turquie. Je souhaite mettre ça en avant autant que possible avec Hand and Hand, j’ai envie qu’on retrouve ce côté précieux, humain et sentimental. 

Boucles d’oreilles Simple Guy Swim © Hand and Hand. 

Au-delà du narratif, y aurait-il un côté spirituel dans tes créations ? 
Effectivement, le meilleur exemple est le bracelet The DMB. Cette pièce a été créée en collaboration avec le danseur hip-hop Salah, dont j’ai souhaité mettre en avant l’état d’esprit. Grâce à son hygiène de vie, à 35 ans, Salah a la forme physique d’un jeune de 20 ans ! Je me suis appuyée sur la règle des trois unités que ce dernier a inventée : Discipline, Mental, Believe (la discipline, la force mentale et le fait d’avoir la foi, l’espoir). 

À quelle femme s’adressent tes bijoux ?
À une femme active, féminine, qui a du caractère et qui n’a pas peur d’affirmer ses choix. À une femme qui s’assume, avec ses défauts. Une femme d’aujourd’hui en quelque sorte ! 

Quelles sont les prochaines étapes pour Hand and Hand ?
Une nouvelle collection arrive bientôt et une petite parution dans un grand magazine anglais est à guetter. Et surtout, des collaborations plus qu’intéressantes se profilent ! 

Barrette Salty Mood © Hand and Hand. 

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Image à la une : Manchettes Je peux pas, j’ai piscine et bague Out of Air © Hand and Hand.

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